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Compagnie Des Indes / Florent Beuchet
Interview et gamme 2015 jeudi 23 avril 2015, par Référence Rhum | Lu 3209 fois

“Compagnie des Indes” est une jeune marque d’embouteillage de rhum créée en 2014, et qui a déjà reçu un très bon accueil tant chez les cavistes spécialisés que chez les consommateurs. Son créateur, Florent Beuchet, sort ce mois-ci sa deuxième série. Il a pris le temps de répondre à nos questions pour présenter ses rhums, mais aussi la philosophie qui guide ses sélections.

Bonjour Florent, pour commencer, est-ce que vous pouvez vous présenter rapidement ?
Dans la continuité de mes études de commerce international, j’ai fait une spécialisation en Master de Commerce international des vins et spiritueux à l’Ecole de commerce de Dijon. J’ai ensuite commencé par travailler six mois dans la distillerie de mon père, puis je suis parti aux Etats-Unis pour être le Brand Manager de la marque Banks, pendant un an et demi sur l’Etat de New-York. Je m’assurais de faire déguster la marque aux meilleurs barmen de New-York, et faisais des placements dans tous les meilleurs bars à cocktails de New-York.
En 2013, j’ai racheté une petite société de trading en alcool, et je l’ai appelée “Diva Spirits”, parce que Diva c’est le nom d’un réseau que mon père a créé il y a trente cinq ans, un réseau d’import export de vins avec douze bureaux dans le monde entier. Je m’occupe donc de la partie spiritueux depuis deux ans. J’aide aussi des marques d’alcool européennes à s’exporter aux USA, et des marques américaines à s’exporter en Europe.

A quel moment votre passion pour le rhum est-elle née ?
Lors de mon Master à Dijon, la plus grosse partie était réservée au vin, mais j’étais déjà plus intéressé par les spiritueux.
Mon père est vigneron, mais a aussi fait l’acquisition d’une petite distillerie d’absinthe et d’anisé dans le Doubs il y a six ans. C’est à ce moment là que j’ai commencé à vraiment me passionner pour le spiritueux.
C’est un monde très vaste, et c’est pour moi quelque chose qui peut être très élégant même si pour d’autres ça l’est moins que le vin.
Dans les spiritueux, il y a la notion de terroir comme dans le vin, mais il y a aussi plein d’autres notions dont il faut tenir compte, comme la distillation, l’assemblage, le vieillissement... Autant de notions qui jouent énormément sur le résultat final, alors que ça ne rentre pas en compte dans la production du vin. Autant de subtilités qui m’ont fait me passionner pour le spiritueux.
Et c’est en travaillant chez Banks que je suis vraiment tombé amoureux du rhum plus que des autres spiritueux.
Le rhum est produit d’un très grand nombre de manières, dans différents pays, à travers le monde entier. Et même si c’est un peu le monde des pirates, avec des producteurs qui peuvent faire un peu tout ce qu’ils veulent, au final, si on sait chercher et qu’on se concentre sur des choses qualitatives, on arrive à avoir des choses très intéressantes et très aromatiques. Et c’est l’un des spiritueux qui développe le plus d’arômes sans même avoir besoin de le faire vieillir.

Un an après avoir créé “Diva Spirits”, en mars 2014, vous avez lancé votre marque de rhum “Compagnie Des Indes”.
En rentrant en Europe, au moment où j’ai lancé “Diva Spirits”, je me suis rendu compte que le marché du rhum traditionnel (rhum de mélasse) était très formaté. Au regard de l’offre qui existait, je me suis aperçu que le consommateur était amené à penser que le rhum était toujours très sucré et qu’il avait toujours ce goût là, alors qu’il y a beaucoup d’autres choses très intéressantes à découvrir.

C’est ce qui vous a donné envie de franchir le cap et de devenir embouteilleur ?
Exactement. J’ai voulu me servir de cette passion et de mon expertise dans ce milieu, pour mettre en bouteille des rhums qui me plaisent, des rhums que j’apprécie, et que je souhaite faire connaître du grand public. C’est un peu ma philosophie.

Quand vous sélectionnez vos rhums, est-ce que vous avez des exigences particulières ?
Je sélectionne des rhums qui n’ont pas d’ajout, pas d’arôme supplémentaire, à par ceux amenés par les fûts au cours du vieillissement. Seuls mes blends, le “Caraïbes” et le “Latino”, ont un ajout de sucre (sucre de canne Bio liquide), mais je suis totalement transparent à ce sujet. J’ajoute 15g de sucre par litre pour ces deux là et seulement 10g de sucre (sucre de canne Bio liquide) par litre pour le “Jamaica”. Pour tous les autres, même le “Jamaica Navy Strength” qui est lui aussi blend, et tous les Single Cask, il n’y a aucun ajout de sucre.

C’est l’un des points que vous défendez avec Compagnie Des Indes.
Au départ, je ne voulais pas mettre de sucre du tout, mais je me suis rendu compte que si je voulais faire entendre ma démarche, il fallait que je réussisse à attirer les consommateurs vers moi, avant de pouvoir ensuite les faire aller vers d’autres rhums. Pour aller jusqu’au bout de ma démarche, dans mes blends, je ne mets que du sucre de canne liquide bio.
L’autre point important concerne l’âge de mes rhums. L’âge indiqué sur les bouteilles correspond toujours à l’âge véritable du vieillissement du rhum qui est embouteillé.
Quand il est écrit sept ans, c’est que le rhum a réellement vieilli sept ans. Il ne s’agit pas d’un assemblage de rhums dont le plus vieux a sept ans, à la différence des rhums vieillis en “solera”. Le consommateur sait donc ce qu’il achète, et c’est ce qui me permet d’être honnête avec les tarifs que je propose.

Vous en êtes à votre seconde gamme, et on remarque que vous proposez un large éventail de ce que la planète rhum produit. Pour cette seconde gamme, sur huit bouteilles, vous proposez quatre rhums Jamaïcains. Les rhums Jamaïcains sont très à la mode depuis quelque temps. Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce que votre sélection a de différente ?
Les rhums Jamaïcains sont méconnus. Ce sont des rhums distillés en PotStill, avec des arômes très charnus, mais qui souvent sont cachés par des arômes ajoutés, ou un vieillissement pas forcément maitrisé. J’adore les rhums puissants, et ceux qui développent des arômes peu connus.
Pour les quatre rhums Jamaïcains que j’ai sélectionnés, si vous faites le test à l’aveugle, vous trouverez toujours des différences d’une bouteille à l’autre, avec à chaque fois une complexité aromatique extraordinaire.
Je voulais vraiment mettre en avant le terroir et le savoir faire de chaque producteur.
Il y a donc quatre rhums Jamaïcains, mais c’est en même temps une coïncidence, parce que ce sont simplement des rhums qui m’ont plu, et encore une fois que j’avais envie de faire découvrir.
Et c’est aussi l’occasion de brouiller un peu les idées reçues, parce qu’en les goûtant, on se dit qu’on n’a pas l’habitude de goûter des rhums comme ceux là, avec un côté très funky, et herbacé parfois. Ce sont pour moi les rhums traditionnels qui s’approchent le plus des rhums agricoles.

Ensuite, un rhum plus surprenant, un rhum Indonésien :
Le rhum d’Indonésie est probablement l’ancêtre du rhum en général, que l’on appelle le Batavia Arrak. La différence est qu’on utilise de la levure de riz rouge pour lancer la fermentation. Ça donne un arôme très épicé, très spécifique à ce rhum d’Indonésie.
Et une fois de plus, c’est quelque chose que je voulais faire connaître du plus grand nombre, même si je n’ai embouteillé que deux fûts, les seuls que j’ai pu trouver de cette distillerie. Il faut savoir que c’est la première fois qu’on embouteille en Europe un Batavia Arrack de 10 ans.

C’est quelque chose que vous proposerez de nouveau à l’avenir ?
Je l’espère, si je trouve d’autres fûts. C’est en tout cas l’idée. Continuer de trouver des choses spécifiques. C’est le monde du rhum en général que je veux mettre en bouteille.

Est-ce que le rythme des sorties sera maintenu à une série par an ?
L’idée au départ, c’était d’avoir une gamme de blends de base, pour tester le marché. J’ai donc commencé avec le blend “Caraïbes”. J’ai eu de bons retours, du moins sur ma philosophie. Ça m’a motivé pour faire des blends supplémentaires. C’est pour ça que j’ai élargi ma gamme, avec des blends différents, et plus âgés aussi.
Ces assemblages sont amenés à être produits de manière récurrente pour pouvoir fidéliser un consommateur qui aime la pâte “Compagnie Des Indes” et qui aime ma manière de travailler.
Et ensuite, il y a la gamme des Single Cask, plus proche de l’orfèvrerie. Ce sont à chaque fois des éditions limitées. Par exemple, pendant un an, j’ai embouteillé du Guadeloupe 16 ans, pour un total de quatre fûts, parce qu’à chaque fois que je les ai goûtés, ils étaient pour moi assez similaires et qualitatifs. Le Belize, quand on m’en a reproposé, du même compte d’âge, je n’y ai pas trouvé la qualité que j’y avais trouvée la première fois, du coup je n’en ai pas remis en bouteille.
Là où ça devient compliqué, c’est quand un caviste en fait goûter à certains clients et qu’il m’en recommande alors qu’on arrive en rupture de stock. Et malheureusement, quand il n’y en a plus… il n’y en a plus.

Qu’est-ce que vous a inspiré pour le packaging, et les étiquettes ?
Je suis vraiment content du résultat des étiquettes. Je n’ai pas fait le design moi même. J’ai fait le pitch à mon designer, en lui indiquant l’atmosphère et l’idée que je voulais donner à travers la marque. L’idée, c’est le 17e siècle, les pirates, les galions, la British Navy, …le moment de l’essor du rhum.

Ça évoque le voyage, le commerce, le transport du rhum…
C’est exactement ce que j’ai voulu mettre en avant. Le côté parchemin, vieux bateaux...
Et tout est fabriqué en France : la bouteille, le bouchon, l’étiquette et le carton d’emballage.

Qu’elles sont vos ambitions pour l’avenir ? Vendre à l’international peut-être ?
C’est bien quand une marque fonctionne, mais l’idée première, c’est de pouvoir maintenir la qualité. La tentation peut être forte de ne plus faire de Single Cask, parce que ça coûte très cher à faire, même en terme de temps pour les trouver et les déguster. Donc pour le moment, le but est de garder en tête mes choix, et ce côté orfèvrerie et qualitatif.
Pour ce qui est de l’international, Compagnie Des Indes est distribué en Suède, au Danemark, en Suisse, en Allemagne, en Italie, et très bientôt en Hollande.
J’ai également fait cinq Single Cask bruts de fût spécialement embouteillés pour le Danemark (Jamaïca Hampden 14 ans, Trinidad Caroni 18 ans, Panama 11 ans, Guyana Uitvlugt 21 ans et Barbados Foursquare 16 ans). Ces bouteilles ne sont malheureusement pas disponibles en France puisqu’elles sont toutes parties au Danemark.

Elles deviendront à coup sûr collector, surtout ce Uitvlugt 21 ans..
Si je trouve un autre fût intéressant, peut-être que je le mettrais en bouteille pour la France d’ici la fin de l’année.

Pour finir, un site internet est-il prévu ?
Oui bien sûr, mais ce n’est pas la priorité pour le moment. Peut-être d’ici la fin de l’été si tout va bien.

Merci à Florent Beuchet pour le temps accordé pour cet entretien, en plein lancement de sa nouvelle gamme.

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Nous avons pu goûter la totalité de la nouvelle gamme.

Comme l’indique Florent, on relève des différences d’un rhum à l’autre dans toute sa sélection. Bien sûr, avec quatre rhums Jamaïcains, on retrouve aussi des similitudes.
Dans l’ensemble, ce qu’il ressort de notre dégustation, c’est un côté herbacé. Discret sur certains, plus marqué sur d’autres, comme les Jamaïcains.

Tout d’abord, le “Latino”, un blend très gourmand, légèrement sucré (15g/litre) comme prévu. On sent une odeur de cassonade, et d’after eight (très léger). Un rhum consensuel, mais très agréable. Une bonne entrée en matière pour un bon rapport qualité/prix. Comme son prédécesseur le “Caraibes”, c’est un assemblage très équilibré.

Celui qui nous a ensuite intrigué, c’est le rhum “Indonésia”. Pour faire simple, c’est un rhum déstabilisant. Très agréable au nez, il tire vers la banane bien mure et le chocolat. Il a un côté très pâtissier, avec toujours un côté herbacé (plus discret que sur d’autres). En bouche, c’est un rhum assez linéaire, mais gourmand, et toujours un côté dessert. Un rhum que trouveront intéressant ceux qui ont déjà goûté beaucoup de rhums du monde entier. Une vraie nouveauté dans le monde du rhum. Nous n’avons pas été en mesure de le comparer à d’autres rhums connus. C’est donc réellement une découverte. On retrouve peut-être quelques similitudes chez la marque Banks.

Ensuite le “Fiji” : Au nez, on sent tout de suite la garrigue, le thym et le romarin. Il ressemble à un rhum de La Barbade, mais en plus sec. En bouche, il est gourmand, avec un très bon équilibre entre tabac, bois, et un côté épicé qui reste longtemps en bouche. Très belle finale.

Viennent ensuite les Jamaïcains. Notre coup de cœur va sans aucune hésitation au 5 ans Navy Strength à 57°. Un rhum très typique de la Jamaïque. Dès le nez, on sent sa puissance. En bouche, on prend tout de suite un bon coup de pied aux fesses, et il gardera une très grande longueur. Il a ce petit côté “puant” des rhums Jamaïcains, mais moins marqué que sur un “Smith & Cross”. Ça en fait une très bonne entrée en matière pour découvrir ce type de rhum.
On trouvera quelques similitudes dans les autres “Jamaica”, avec beaucoup d’agrumes dans l’ensemble (parfois un côté Gin, comme sur le “Jamaica 7 ans”), et toujours cette petite odeur qui caractérise les rhums de la Jamaïque. Le 7 ans Cask Strength est plus court en bouche que le Navy Strength, et légèrement moins puissant (53°), mais il reste typique de cette sorte de rhum.
Et pour finir, le blend 5 ans “Jamaica”. Un autre bon compromis pour accéder à ce type de rhum. Légèrement sucré (10g/litre), c’est un assemblage gourmand, avec une belle longueur et un très bon équilibre. Le sucre reste très discret et ne se dévoile que très peu.

Toute la gamme est disponible un peu partout depuis deux semaines, et sachez que l’on trouve encore les précédents embouteillages en cherchant un peu. On recommandera encore le “Guadeloupe” et le “Trinidad”.

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La gamme 2014 :
- Caraïbes.
- Belize (Traveller’s), Single Cask, 8 ans, 44%.
- Belize (Traveller’s), Single Cask, 8 ans, 64%.
- Cuba (Sancti Spiritus), Single Cask, 16 ans, 45%.
- Guadeloupe (Damoiseau/Bellevue), Single Cask, 16 ans, 43%.
- Trinidad (Caroni), 18 ans, 43%.

La gamme 2015 :
- Latino, 5 ans, 40%.
- Barbados (Foursquare), Single Cask, 16 ans, 45%.
- Fiji (South Pacific), Single Cask, 10 ans, 44%.
- Indonesia (Distillerie secrète), Single Cask, 10 ans, 43%.
- Jamaïca, 5 ans, 43%.
- Jamaïca, Navy Strength, 5 ans, 57%.
- Jamaïca (Worthy Park), Single Cask, 7 ans, 43%.
- Jamaïca (Worthy Park) Single Cask, Cask Strength, 7 ans, 53%.

La gamme 2015 réservée au Danemark :
- Barbados (Foursquare), Single Cask, 16 ans, 60%.
- Guyana (Uitvlugt), Single Cask, 21 ans, 51%.
- Jamaïca (Hampden), Single Cask, 14 ans, 58%.
- Panama, 11 ans, 60%.
- Trinidad (Caroni), Single Cask, 18 ans, 61%.

La page Facebook de Compagnie Des Indes : https://www.facebook.com/Compagniedesindes

“Compagnie Des Indes” sera présent au prochain Rhum Fest de Paris, les 23, 24 et 25 mai 2015.

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